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jeudi 14 mai 2009

Regard sur quelques avatars du créationnisme français

Message publié conjointement sur le blog "2009, année Darwin" sur lemonde.fr

Au delà d’une lecture littérale d’un livre sacré, le créationnisme est avant tout une remise en question de la science (l’origine de la vie mais aussi celle de l’univers, les lois de la physique, etc.) et une tentative de déstabilisation de ses méthodes, au nom de la foi. Mais lorsqu’on évoque le créationnisme, on ne fait qu’effleurer la surface de ce qui semble être en réalité une nébuleuse de conceptions. Ainsi Guillaume Lecointre (MNHN) y discerne-t-il plusieurs nuances dans sa classification « des » créationnismes.

D’une part, il distingue le créationnisme « intrusif » et fixiste, pour lequel ses défenseurs exploitent, imitent, ou travestissent intelligemment la science à dessein pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. On a là les Harun Yahya, les Henry M. Morris ou les William Paley (et sa célèbre image de la montre dans un champ), qui refusent toute idée d’évolution biologique et qui affirment que la science confirme la « Vérité des Écritures ». En France, le Centre d'étude et de prospective sur la science (CEP) rassemble plusieurs scientifiques et philosophes autour de l’idée de l'existence d'une cause intelligente et d'un certain principe anthropique.

D’autre part, Guillaume Lecointre distingue le « spiritualisme englobant ». Contrairement à la première catégorie, celle-ci n’écarte pas l’évolution biologique de leur idée d’intervention divine. Bien au contraire, elle intègre pleinement cette notion dans la spiritualité sans pour autant accepter les moteurs même de cette évolution, « le modèle darwinien faisant intervenir hasard, variation, contingence, sélection naturelle ne les satisfait pas ». Même si cette branche providentialiste semble moins organisée que la première, leur influence n’est pas pour autant négligeable. En témoigne l’activisme de l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP) ou la fondation philanthropique Templeton (toujours d’après Lecointre).

Si les mouvements cités se réclament d’une quelconque organisation structurée, d’un groupe de pensée, avec en arrière plan une problématique d’organisation, d’influence, de finance, le créationnisme, qui n’est qu’une démarche philosophique, peut également relever d’un entreprise personnelle comme nous allons le voir.

La faim de savoir
En France, c’est sous l’appellation de « programmisme » que le dessein intelligent connait actuellement un certain succès. Propulsé par le professeur Pierre Rabischong, ce terme est issu de son livre Le programme Homme (PUF, 2003). Mais derrière le contenu apparemment scientifique de cet ouvrage mais aussi dans les nombreuses conférences « entre darwinisme et créationnisme » parfois données dans les facultés de médecine, se cache un contenu créationniste ostensible.

Pour ce professeur d’anatomie de l’université de Montpellier, l'extraordinaire complexité de l'œil ou l'ingénierie déployée pour élaborer la mécanique « nanotechnologique » (selon ses propres termes) de l'oreille interne ne peut être que l’œuvre d’une intelligence supérieure, un programmateur. La preuve en est, les composants de cette machinerie sont tellement interdépendants qu'ils n'ont jamais pu apparaître successivement. Les mutations aléatoires sont tellement rares – d’autant qu’elles ne sont quasiment jamais positives, que l’information contenue dans ces organes, les plans d’organisation ne peuvent précéder l’organe ou l’espèce, et proviennent forcément d’un « être supérieur ».

Pourtant, on trouve ces considérations dans un autre essai, pas du tout scientifique, mais métaphysique : La faim du tigre. Dans ce livre signé René Barjavel (1966), cet auteur français de science-fiction s'interroge sur l'horreur aveugle de la lutte pour la survie, l'avenir de l'humanité, la violence, le sexe, la religion, le sens et la complexité de la vie. La complexité, il est en est justement question au cours d’un passage dans lequel il traite de sur l’improbable fonctionnement de l’oreille et doute du rôle de filtre la sélection naturelle :
« L'oreille ne s'est pas faite par l'invraisemblable hasard de millions de mutations favorables. L'oreille est un ensemble conçu, architecturé, organisé. Le hasard ne conçoit pas, n'ajuste pas, n'organise pas. Le hasard ne fait que de la bouillie. »

Le raisonnement de Barjavel dans ce livre fait irrésistiblement échos au discours créationniste. Mais l'était-il vraiment ? Non, car seul, isolé, il n’impose pas ses idées, il les pose. Ces pensées ne sont-elles pas celles que tout homme se pose à un moment ou à un autre, un peu étourdi devant le mystère de la vie ? En cela, le créationnisme relève plus d’une théorie philosophique que d’une logique pour la biologie comme l’est le darwinisme.

Savoir la fin
Depuis plus d’un siècle, le débat fait rage de part et d’autre de l’Atlantique, entre pro et anti-darwiniens, comme en témoigne le « procès du singe » (1925) qui reste le symbole fort de cette bataille idéologique. Encore aujourd’hui, la théorie de l'évolution n'est pas enseignée dans tous les états fédéraux aux États-unis, la faute justement au système fédéral. Un peu loin de cette bataille ouverte, le climat français est plus serein. D'une part, le pouvoir décisionnel éducatif est central et laïque, et seul la théorie darwinienne de l'évolution est enseignée dans les structures publiques. D'autre part, deux personnes influentes ont su réconcilier catholiques et scientifiques le siècle dernier. Le premier, le pape Jean-Paul II, a pris position en 1996 l'amenant à « reconnaître dans la théorie de l'évolution plus qu'une hypothèse » dans une lettre adressée à l'Académie pontificale des sciences. Le second était homme d'église également, mais aussi paléoanthropologue philosophe et théologien. Il s'agit de Pierre Teilhard de Chardin.

Si Lecointre place l'évolution théiste de Teilhard dans la catégorie des spiritualismes, il ne semble néanmoins pas que la démarche du père jésuite soit d'en faire une croisade. Teilhard est surtout connu pour sa vision holiste d’une évolution compatible avec la foi chrétienne. Pour lui, dans ce monde créé par Dieu, la vie et la conscience sont issues de la matière inerte. L'homme est certes au sommet de la pyramide évolutive, mais il n'est finalement qu'une étape de l'évolution cosmique qui tend vers le point Oméga, ultimes lieu et temps de convergence de toutes les consciences du monde qui se réunissent dans la noosphère, couche d’idées et de pensées qui englobe la Terre. A présent, l'humanité a deux choix : soit elle prend conscience de sa nature et elle fait éclore ses esprits vers le Christ Cosmique (point Oméga), soit elle meurt étouffée dans l'œuf.

Teilhard, darwinien de profession, chrétien de confession a donc trouvé comment intégrer naturellement les théories évolutionnistes dans sa spiritualité. Pourrait-on alors pour autant le qualifier de créationniste ? Non, sa vision globale et cosmique de l'évolution, plutôt d'ordre philosophique, n'entend ni remettre la démarche scientifique en question ni discréditer les opposants au darwinisme. Comme un homme de foi, il s’est fait sa propre pensée, que d’aucuns auraient tendance à emprunter et souiller.


En résumé, créationnistes et scientifiques mènent la même quête : celle de la vérité. Pour les uns, elle est prédite, écrite, immuable. Pour les autres, cette quête est sans fin, baignée de doute. S'il est humain de s’interroger sur le sens de la vie, les créationnistes cherchent à imposer leurs visions, basées sur la remise en question de la science. Que ce soit pour Teilhard ou Barjavel, on aurait tendance à considérer que leurs considérations sont celles d'un penseur, d'un philosophe. En revanche, lorsque Rémy Chauvin ou Pierre-Paul Grassé se montrent clairement critiques envers l’évolution darwinienne, on les accuse de renforcer les thèses créationnistes, comme ce fût le cas aussi plus récemment avec Anne Dambricourt Malassé. Scientifiques de renom, leur faute est d'autant plus indéfendable qu'en bons cartésiens, ils oublient que la science ne doit recourir qu'à des causes naturelles dans l'explication de ses phénomènes.

La théorie de l'évolution serait-elle si belle qu'elle ne montre ses charmes qu'aux plus préparés ? En attendant, la bataille continue pour (faire) connaître la vérité. Quant à ce grand programmateur, les chercheurs attendent toujours de le rencontrer pour lui décerner le prix Nobel universel, même s’il n’a qu’une publication majeure à son actif.

Références
L'évolution. Quelle histoire ! Le Monde hors-série, avril-mai 2009
Guillaume Lecointre : Évolution et créationnismes
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html
Un site très complet sur Barjavel : http://barjaweb.free.fr/
La page Wikipédia sur Teilhard
Mes notes d’une conférence du professeur Rabischong !
Les créationnismes présentent de nombreux visages. Sciences et avenir n° 744, février 2009. Consultable sur http://sciencesetavenirmensuel.nouvelobs.com/hebdo/sea/p744/articles/a392289-.html

mercredi 1 octobre 2008

Pour qui Dieu votera-t-il aux prochaines élections américaines ?


Dieu a vraiment de quoi se faire des cheveux blancs. D'ici novembre, il doit choisir un capitaine ad hoc pour gouverner le plus grand puissant état du monde. D'un coté, un candidat démocrate, Barack Hussein Obama II, qui veux reloger les pauvres qui le sont encore plus depuis qu'il enrichissent les riches spéculateurs, offrir des barques aux pauvres noyés du sud du pays, et évacuer les soldats du pays de Saddam en terminant une guerre qui n'a d'intérêt que pour les riches. De l'autre, un candidat républicain, John Sidney McCain III, que nous appellerons "Mach 3" parce que nous le trouvons un peu rasoir, qui veut faire croire que les troupes américaines de libération du monde sont proches de la victoire, tellement proche qu'il veut envoyer des renforts, et qui a choisit comme colistière Sarah Palin, gouverneur de l'Alaska, convaincue que les hommes ont pu chasser les dinosaures, il y a 6000 ans...

Où l'on entend reparler du créationnisme

Cette croyance est très présente aux États-Unis, sous couvert de la religion. Sous le nom de créationnisme, dessein intelligent (intelligent design) ou encore programmisme, cette théorie propose une lecture littérale de la Bible. Ainsi, seul un être supérieur est capable d'être à l'origine de la création de la vie et de sa diversité. La terre et les cieux ont été créés en six jours par un dieu (le Dieu) il y a 6000 ans. Tout au long, Dieu a créé les plantes, les animaux et les hommes, qui du coup ont surement eu le plaisir d'écouter du Paradise Lost autour d'un bon steak de brontosaure. Le septième jour, Dieu a créé les armes. C'est le jour préféré de Sarah Palin : elle prie tous les dimanches pour la NRA.

Ainsi, les créationnistes sont en opposition totale avec le darwinisme en affirmant que la théorie de la sélection naturelle ne suffit pas à rendre compte de l'age et de la complexité de la vie. Pour prouver cela, les créationnistes plient, détournent ou travestissent la science à leur profit. En ce qui concerne l'age de la Terre par exemple, cette théorie s'attaque aux grands principes géologiques et affirme notamment que les fossiles sont des vestiges d'animaux disparus suite au déluge, ce même déluge qui aurait engloutit les dinosaures... De même, les couches géologiques ne sont pas les témoins de la stratification des sédiments sur des millions d'années.

Quant à la théorie de la sélection naturelle, les créationnistes réfutent totalement les arguments et preuves accumulés depuis 150 ans, comme par exemple la brulante question des mutations qui selon eux ne peuvent qu'être délétères et en aucun cas être à l'origine de la création d'une espèce. Pourtant, les scientifiques ont déjà observé des espèces évoluer.

Mais, pour mieux s'adapter, des courants modérés apparaissent aux cotés des courants fondamentalistes. Ainsi, certains pensent que s'il existe bien un processus de changement des espèces, alors celui-ci tend vers un seul but (ou dessein) : l'apparition de l'homme, en tant qu'être parfait au sommet de la pyramide des espèces. D'autres admettent que la Terre est effectivement vieille, mais que Dieu y a crée la vie pour la laisser se débrouiller comme une grande par la suite... Malgré ces pensés en apparence progressistes, les créationnistes ne désarment pas. Début 2007, des écoles françaises ont reçu un joli cadeau de la part d'Harun Yahya, de religion islamique : un Atlas de la Création, qui démontre en 700 pages que les scientifiques nous mentent car ils ne croivent pas en Dieu.

En bon citoyen, le Père du Christ devra donner de la voix. Mais à qui ? Au candidat qui veut laver l'Amérique et Maria en son nom ? Ou à celui qui, une bible dans sa poche révolver (1) veut continuer la croisade en son nom ? En tout cas, j'espère jusque qu'Il saura aider les américains à faire le bon choix.

(1) Emprunté à No One Is innocent (US Festival de l'album Révolution.com)
Illustration : Jésus chevauchant un dinosaure. DR

samedi 17 mai 2008

Barjavel était-il créationniste ?

Article publié conjointement sur Scienceblog.

Je me suis rendu il y a quelques semaines à une conférence à la faculté de médecine de Dijon. Un certain professeur Pierre Rabischong, un professeur émérite d’anatomie de la faculté de Montpellier y présentait une théorie « entre le darwinisme et le créationnisme » : le programmisme.

Darwiniste convaincu, le sujet me paraissait intéressant à plusieurs titres. Premièrement, le fait que cette conférence ait lieu à la faculté de médecine pouvait mettre la puce à l’oreille. Depuis quand discute-t-on d’évolution à la faculté de médecine alors que un passage piéton plus loin, en fac de Bio, on trouve quelques éminences grises de l’écologie évolutive ? Peut-être qu’on professeur d’anatomie parle d’évolution… Deuxièmement, le titre limite provocateur ne se dissimulait pas derrière quelques titres fumeux. Réunir l’un à coté de l’autre les mots « darwinisme » et « créationnisme » ne portait pas à confusion. Au passage, le professeur Rabischong a passé une bonne partie de son temps à stigmatiser le darwinisme et à se déclarer non-créationnisme alors qu’il se situe, d’après l’intitulé de sa conférence, entre les deux. Il semble tout de même que le barycentre soit fortement éloigné du darwinisme. En matière de biologie, c’est comme si une conférence de physique traitait d’un sujet comme « La création de l’univers, une nouvelle théorie entre Einstein et la Sainte Bible »… De quoi jeter de l’huile sur le feu, même si les détails de l’annonce essayaient plutôt de jeter de l’eau sur les braises : « dans une ambiance scientifique, rigoureuse et objective, aconfessionnelle, apolitique & asyndicale », « Tout le monde est libre de venir, du moment que chacun est prêt à respecter l'autre dans son opinion, et à l'écouter. » Voilà bien des façons de présenter une conférence. « Ce soir, grand match de foot : s’il-vous-plait, respectez l’arbitre et les joueurs, et ne vous habillez pas aux couleurs de votre équipe. » Alors, quelle est cette théorie du programmisme capable de déchainer les passions ?

Pour comprendre ce qu’est le programmisme, il faut déjà comprendre le créationnisme. Le créationnisme est une théorie biologique qui s’appuie sur la Bible. Selon les tenants de cette théorie, la plupart à la foi inébranlable, elle s’appuie sur plusieurs constats. Premièrement, la vie sur Terre suit exactement la Genèse comme elle est narrée dans la Bible. En conséquence, Dieu a crée toutes les espèces en même temps – il n’existe donc aucune filiation entre elles, et ce temps correspond, d’après leur calcul, à la création de la terre. Selon les créationnistes, la terre a été créée il y a 4000 ans. Au-delà de cette considération, les créationnistes s’affèrent plus à démontrer que le darwinisme est un tissu de mensonges et d’erreurs qu’à démontrer scientifiquement que leur théorie est puissante. Ils pointent ainsi le fait que la sélection naturelle, au lieu de créer de la diversité l’élimine au contraire, que les grands principes géologique sont erronés (continuité, superposition,…) et que les fossiles n’ont jamais été en vie ou sont des traces du Déluge, etc. En sommes, la vie (et la diversité de ses formes) est un processus si complexe qu’elle ne peut être qu’une œuvre élaborée d’après un plan et engendrée par le Créateur : « Dieu » suivant les créationnistes, un « être supérieur » d’après les thèses du dessein intelligent (intelligent design), penchant simplifié et dissimulé du créationnisme. A l’écoute de la conférence dont il est question, le programmisme est donc une théorie qui cache son nom, tout ce qu’il y a d’équivalent à l’intelligent design. Toute sa théorie du programmisme (ou intelligent design comme vous préférez) repose sur ce qu’il appelle « l’effet Mozart » qui se résume ainsi : « Personne ne connait personnellement Mozart, mais tout le monde connait son œuvre. » Pourtant, à la question : « alors, qui a fait tout ça ? », le professeur reste évasif, voire sans réponse.

Il apparait au fur et à mesure de sa conférence que ce professeur n’a sans doute jamais lu de textes évolutionnistes même si, a-t-il rétorqué à cette remarque, il a travaillé au Musée de l’Homme à Paris. Il devait alors se sentir bien seul. Si il affirme que évolution n’est qu’une théorie, pas un fait, alors le programmisme n’est pas une théorie, mais juste un alignement de faits. En effet, Sa présentation n’était qu’une suite d’exemple à valeur d’argument, sans démonstration, sans expérience et faux.

« On a jamais vu d’espèce évoluer. » A cela, Guillaume Lecointre rétorque : « plus personne aujourd’hui n’a vu la bataille d’Austerlitz. Pourtant, ce que nous savons de cette bataille tient à des restes, vestiges et documents écrits que nous devons articuler entre eux pour les comprendre. C’est la mise en cohérence maximale de faits isolés qui permet de penser cette bataille en tant que trame interprétative générale. Pourtant, personne n’irait remettre en cause la crédibilité de cet événement sous prétexte que plus personne n’y était. » De plus, la création d’espèce par hybridation ou mutation a déjà été constaté en laboratoire et in situ.

« L’évolution n’explique pas l’apparition de la vie. » Des modèles darwiniens expliquent parfaitement comment les briques élémentaires de la vie ont pu s’auto-assembler et faire apparaitre les propriétés émergentes de la vie.

« Les évolutionnistes ne peuvent pas montrer des formes de transition. » Faux, l’arbre de la vie est de moins en moins incomplet et des formes de transitions trouvées dans les archives fossiles complètent jour après jour le puzzle des espèces, dans lequel les formes s’emboitent les unes dans les autres : transitions reptiles/mammifères, transitions vie aquatique/vie terrestre, etc.

Mais l’un des arguments le plus récurrents dans les brillantes démonstrations des thèses du créationnisme purement biblique, de l’intelligent design camouflé ou encore du fils caché, l’avorton programmiste, est sans doute l’indiscutable : « La nanotechnologie de l’oreille n’a pas pu apparaitre par hasard. » En effet, le crédo des créationnistes, devant l’ingénierie déployée devant la création d’organes complexe tels que l’œil ou l’oreille interne, est le rejet absolu du hasard dans l’évolution, phénomène qui ne peut en aucun cas expliquer toute la complexité des organes cités. Non, la sélection naturelle aveugle et les mutations aléatoires ne peuvent pas expliquer que des organes aussi évolués. Évolués dans le sens de « élaborés ». En effet, lancer des lettres de scrabble en l’air n’a jamais écrit un poème. Dieu a créé toutes les espèces vivantes lors de la Création telles que nous les connaissons aujourd’hui. La preuve. D’un coté, l’ingénierie optique de précision pour l’œil, tout d’abord, avec la cornée pour capter et focaliser la lumière, l’iris, une lentille et la pupille qui n’est d’autre qu’un diaphragme et le cristallin, une autre lentille. De l’autre, l’improbable ingéniosité de l’oreille interne, en particulier la transmission parfaite de l’onde sonore, transmise mécaniquement par le système marteau-enclume-étrier, de manière ondulatoire dans un milieu liquide grâce aux cellules ciliées de la cochlée, puis électriquement dans un nerf.

Ainsi, à la question « comment un organe aussi complexe que l’œil ou l’oreille peut-il exister ? », les créationnistes répondent : l’œil ou l’oreille interne sont des organes extrêmement perfectionnés. Il existe une telle dépendance des différentes pièces qui le composent qu’on est en droit de se demander comment un organe primitif a pu subir des petites modifications tout en restant fonctionnel pour en arriver à cette merveille de technologie. Les mutations aléatoires sont tellement rares – d’autant qu’elles ne sont quasiment jamais positives, que l’information contenue dans ces organes, les plans d’organisation et de construction précèdent l’organe ou l’espèce et proviennent d’une « être supérieur ». Les chercheurs attendent toujours de le rencontrer pour lui décerner le prix Nobel, même s’il n’a qu’une publication majeure à son actif.

Envoi.

Pourtant, ce constat, les créationnistes ne sont pas les seuls à l’avoir fait, et ce n’est pas dans la Bible que ces propos ont également été tenus, ni dans un article d’une revue douteusement scientifique. Ce discours, on peut le retrouver dans les lignes écorchées d’un des livres les plus mystiques et philosophiques qui soit, un livre dont chacun des mots est une douloureuse interrogation sur la vie : La faim du tigre. Ce livre sort en 1966, dans lequel René Barjavel, auteur français de science-fiction écoulent toutes ses interrogations sur la vie et la Création. La complexité fait justement partie de ces interrogations qu’il mène, ces interrogations qu’on croirait être adressées aux étoiles tellement l’auteur use de métaphysique à chacune de ses lignes dans lesquelles il se demande comment de telles structures ont pu émerger :

« L'oreille ne s'est pas faite par l'invraisemblable hasard de millions de mutations favorables. L'oreille est un ensemble conçu, architecturé, organisé. Le hasard ne conçoit pas, n'ajuste pas, n'organise pas. Le hasard ne fait que de la bouillie. »

Le résonnement de Barjavel dans ce livre fait vraiment échos au discours créationniste. En partant de son étonnement sur l’incroyable ingénierie de l’oreille, qui n’a pourtant été créé dans aucune usine, Barjavel glisse vers une approche « fantastique » de la vie.

Barjavel était-il pour autant créationniste ? Ce genre de phrase qui constelle sa partie sur la complexité de l’oreille pourrait faire penser que Barjavel appartenait à ce mouvement philosophique. Mais le fait que ces propos se retrouvent à la fois dans le discours des scientifiques qui trouvent des preuves irréfutables dans un livre sacré et à la fois dans les lignes d’un penseur infatigable ne le prouve pas. Car Barjavel n’impose ses idées, il les pose. Il lance ses mots pour l’aider à comprendre la vie, c’est tout. Mais au fond, ces pensées ne sont-elles pas celles que tout esprit se pose à un moment ou à un autre dans sa vie ? En cela, le créationnisme relève plus d’une théorie philosophique que d’une logique pour la biologie comme l’est le darwinisme. Et Barjavel en est bien la preuve : l’auteur ne se place pas sur un piédestal pour arrangeur la foule mais bien seul sur une colline pour interroger le ciel sur le sens de la vie.

Citoyens, soyez vigilant sur les discours pseudo-scientifiques, intuitifs, dogmatiques, irrationnels. Les théories créationnistes, initialement reprises par les fondamentalistes chrétiens et depuis quelques temps musulmans, ne servent finalement qu’à assoir et à conforter des thèses religieuses. Ces personnes se posant la plupart du temps en victime dénoncent les vérités vraies imposées dans les universités françaises. A la manière de Barjavel, le principe même de la science n’est pas de trouver la vérité, mais de la chercher.